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Musique et klaxon pour l'ambiance dans leur pick-up, une cinquantaine de combattants arabes reviennent du front de Baghouz, sourire aux lèvres. Ils n'ont pas attendu l'annonce officielle de la perte de l'ultime bastion de l'Etat islamique en Syrie, le 23 mars par les Forces démocratiques syriennes (FDS), pour parler de victoire. 

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Le groupe se réjouit, mais les mauvais souvenirs reviennent vite. "Daech, c’est vraiment horrible", assure ChahineDepuis deux ans, voire trois, même quatre ans pour certains, lui et ses camarades combattent le groupe Etat islamique, maintenant défait en Syrie. Chahine, 39 ans, l'a vu à l’œuvre dans sa ville, Karamah, non loin de Raqqa. Si tu ne faisais pas la prière, la police religieuse te frappait. Ils parlent de religion, mais ils n’y connaissent rien. Daech exécutait les gens, il y a beaucoup de personnes qui sont mortes pour rien, à cause d’eux", témoigne-t-il.

Chauffeur de taxi, Chahine a rejoint les FDS arabo-kurdes quand elles ont libéré sa ville, en 2017. Blessé par une mine lors de la bataille de Deir Ezzor, près de la frontière irakienne, il est reparti au combat après avoir été soigné, afin d’éradiquer un "califat" d’imposture, explique-t-il : "La politique de Daech, c’est contraire à l’islam. Leur naissance, leur idéologie, c’est pour en brouiller l’image. L’islam, c’est l’amitié, la solidarité. Ils ont créé cette vision pour qu’on soit détestés."

Daech, c’est comme une maladie pour l’humanité, un virus qui est entré en utilisant le nom d’islam. Mais ce ne sont pas des musulmans !Chahine, combattant des FDSà franceinfo

Pour Chahine, sans le soutien de la coalition internationale, sans ses frappes aériennes, ses tirs d’artillerie et son renseignement militaire, vaincre l’Etat islamique aurait été plus difficile. Il loue aussi l’alliance entre les combattants kurdes et arabes pour mener la lutte au sol. Et à présent, il peut faire des projets. "Moi, je rêve d’une vie simple, je veux voir les gens vivre tranquillement, les enfants jouer paisiblement. Juste une vie simple, pour tout le monde, pas seulement pour moi", affirme-t-il. 

"Daech a tué mes cinq frères"

Une ambition différente est exprimée par un autre combattant arabe, Ahmed, 23 ans et déjà marqué par de nombreuses batailles. "J’ai participé à tous les combats, je n’en n’ai pas manqué un seul. Et grâce à Dieu, on a pu gagner. Je suis très content parce que Daech est fini en Syrie."

Le jeune homme ne reposera pas les armes qu’il a prises dès 2014 : "Après la guerre, après tout ça, je veux commencer des entraînements militaires pour devenir commandant."

Torse bombé, kalachnikov fièrement brandie, Ahmed au regard bleu et perçant affiche une détermination sans faille malgré sa jeunesse. C’est lorsqu’on l’interroge sur le combat le plus marquant que l'on comprend les raisons de son engagement. "La bataille la plus difficile, c’était celle de Raqqa. Je suis monté au combat sans hésiter. C’était difficile pour tous, mais pas pour moi parce que j’ai un cœur vide depuis que Daech a tué mes cinq frères, confie le jeune combattant. Je suis tout seul sur les six qu’on était. C’est pour mon pays, c’est pour moi que j’ai voulu prendre ma revanche." 

Le reportage d'Aurélien Colly auprès de combattants arabes des Forces démocratiques syriennes
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Source de l'article : https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/offensive-jihadiste-en-irak/juste-une-vie-simple-pour-tout-le-monde-les-reves-de-combattants-qui-ont-fait-chuter-l-etat-islamique-en-syrie_3247731.html#xtor=RSS-3-[monde]
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